Attention! vous parlez à un autiste

Le titre, c’est une phrase que j’ai apprise d’un jeune et drôle ami autiste. Il disait l’utiliser parfois. 

Elle est bonne. Sérieux.

Attention! vous parlez à un autiste : il ne communique pas de la même façon que vous.

En ce qui me concerne :

Mon message est direct, sans arrière sens, sans devinettes. Inutile de chercher. Il n’y en a pas. 

– Pour quoi t’es venu me voir?

– Tu voulais pas que je vienne?

Pitié. Pas le «tu veux dire que…»

«Pour quoi t’es venu me voir?» veut simplement dire «quelle est la raison de venir me voir». Cette réponse n’est pas évidente pour moi et j’aimerais préparer ma disponibilité. Une bonne réponse serait par exemple : «Je voulais savoir si tu vas bien», «Je voulais qu’on discute» ou «Je voulais te proposer…»

C’est semblable quand on me parle. Je ne cherche pas le sens caché. J’ai tendance à comprendre au pied de la lettre.

– Rentre, fais comme chez toi

– OK merci… je vais prendre des photos dans ton jardin

– Mais si tu veux être seule pourquoi t’es venue? J’aimerais qu’on se parle pendant que je fais la cuisine…

– Ah?

Depuis que j’ai pris conscience de cette particularité de ma communication, j’essaye d’être plus attentive pour éviter des malentendus. Je fais un effort pour décoder. Par exemple, si la phrase est absurde ou si les gestes disent le contraire, je vais chercher dans mes souvenirs une situation semblable ou je vais deviner si c’est une analogie, une expression que je ne connais pas, etc.  C’est beaucoup! Ce n’est pas visible, mais mon cerveau travaille fort lors d’une conversation, surtout si elle n’est pas de type informatif. Si on ajoute le bruit dans l’ambiance ou des gens qui bougent, c’est encore plus complexe. Je pourrais aussi détecter un manque de cohérence, de logique dans ce que j’entends. Un petit «bug». 

À l’époque que j’étais programmeuse, l’ordinateur pouvait bloquer brusquement l’exécution du programme. Je devais alors, réviser les lignes de code pour corriger l’erreur. Dans mes pensées, il faut aussi détecter l’erreur de logique ou de manque d’information pour bien comprendre. 

Ce sont des petits aspects qui vont allonger mon temps de réponse dans une conversation. Évidemment, je veux donner une réponse adéquate. Des fois, elle arrive trop tard malheureusement, quand l’autre personne est partie ou le lendemain. Le sens de la répartie? C’est quoi ça? 

Ensuite, je dirais que les blagues, c’est pas toujours évident. Si la personne est en train de sourire, je dois comprendre que c’est une blague? Si la personne parle d’un absurde, c’est une blague? J’ai découvert qu’il y a pas de règle. On doit vraiment analyser le contexte et ouf! ça peut être confus.

D’un autre côté, les petites phrases manipulatrices ou des publicités font rarement l’effet :

– Tu viendras pas à ma fête? Tu me feras pas ça!
  (Te faire quoi ? Ce n’est pas contre toi, je peux pas y aller simplement)

– Si tu viens pas avec moi, j’irais tout seul
  (ok d’accord)

– Tu es très belle…
  (mais ça fait moins d’un minute que tu me connais, tu peux pas savoir si je suis belle)

– Ce livre vous transportera dans un autre monde
 (oh non! merci, déjà qu’il est compliqué de vivre dans le notre)

– Ne pas ouvrir
 (d’accord, je ne l’achèterai pas puisque je pourrais même pas l’ouvrir)

***

Sinon, pourquoi tu souris en me disant bravo si je viens de briser ton objet précieux? On ne sourit pas quand on est fâché.

Ou oui?

Auteure, artiste photographe, militante pour la neurodiversité.

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