Une lettre anonyme

viequotidienne-103-320-pxPhotographie, 2013

 

 

Elle suggère l’euthanasie d’une enfant autiste dont les cris dérangent les voisins. Je précis pour ceux qui ne sont pas au courant.

Bien sûr, les réponses ont vite arrivé.  Des insultes, des explications et même des essayes pour comprendre l’auteur du texte. Ce n’est pas mon intention de juger ou critiquer aucune de ces expressions. Je ne veux pas non plus répondre à cette personne inconnue, parce que… elle est inconnue.

Pourtant, je suis surprise que le mot euthanasie a causé toutes ces manifestations alors que ce sont moins ceux qui réagissent aussi indignés face à l’injustice que les personnes autistes vivent jour à jour.

Pour quoi c’est plus grave proposer l’euthanasie que le fait de condamner un autiste à respirer sa souffrance, son isolement, l’exclusion, les critiques destructrices, des fois en silence pour ne pas déranger ?

Parce qu’une vie dans la souffrance vous savez, c’est pas joyeux à vivre. Quand elle vient de l’injustice sociale. Moi-même, dans certaine époque de ma vie, je me demandais pour quoi je vis si c’est pour être intimidé et en souffrance. Et je ne suis pas la seule.

La fameuse lettre me rend triste et certainement, je refuse le contenu, mais elle ne me rend pas plus triste que de voir tout ce qui se passe autour des autres personnes autistes.

Ce maudit regard qui signale. Qui juge. Qui te dis que tu ne mérites pas de faire partie d’une communauté ou encore pire, de vivre. C’est juste une de mille situations qu’on doit supporter. Parfois sous le titre « c’est pour ton bien » ou « c’est pour le bien de ton fils ».

Pensons aux enfants qui se font refuser l’entrée à une école ou à un camp de jour. Aux personnes qui reçoivent des traitements irrespectueux même cruels. Aux enfants, jeunes et adultes qui se font harceler, insulter et exploiter. Aux familles qui doivent vivre isolés pour éviter toute sorte de critiques.

Parce que malheureusement, la différence dérange, irrite, exaspère et à mon avis c’est le problème majeur. C’est contre intolérance qu’on doit lutter.

Réfléchissons un moment: est-ce que on serait en train d’ «euthanasier» vivants les autistes qui sont soumis à une vie de tristesse, d’incompréhension, de manque de respect de sa nature autistique ?

L’indignation et la colère c’est bien mais ce qu’on veut absolument c’est un changement et une ouverture à notre diversité.

Tous ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteure, artiste photographe, militante pour la neurodiversité. Autiste Asperger, mère d'un enfant Asperger.

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