The good doctor, l’autiste qui se défend

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C’est la première fois qu’un personnage autiste, joué par un non-autiste, me représente.

J’ai regardé le dernier épisode de la saison. Les évènements méritent une petite explication. Parce que souvent, on dira que l’autiste fait sa crise, que l’autiste a agressé, que l’autiste a eu un comportement inadéquat, etc. sans se questionner sur les raisons.

J’ai suivi minutieusement l’histoire et les émotions du personnage. Des situations que j’ai déjà vécues.

On propose à Shean, le docteur autiste, de suivre une thérapie pour l’aider « à être plus heureux ». Il est correct de proposer nos suggestions pour aider une personne, mais notre devoir comme proche ou ami ou intervenant se termine dans la proposition. Bien expliquée avec les pour et contre. Par la suite, la personne est libre de l’accepter ou pas. C’est un principe. Ce sont nos droits citoyens. Nous devons accepter sa décision et rester disponibles si elle le désire. En plus, qui peut savoir mieux que nous-mêmes ce qui nous rend heureux?

Aimer une personne ne nous donne pas le droit de décider pour elle. Notre docteur autiste avait déjà exprimé son désaccord avec la thérapie et malgré cela son mentor avait contacté une thérapeute.

Quand on dit « non », on s’attend à être respecté. À la place, le mentor a insisté. Il a invité la spécialiste pour la présenter à Shean avant le premier rendez-vous. Nonobstant il avait dit non. La communication verbale et l’argumentation spontanée étant mes grandes difficultés, je comprends la frustration d’être confrontée à la situation sans pouvoir arriver à développer son « non ».

« J’ai dit non, on n’écoute pas ! »


Il a fini
par dire « OK », je l’aurais fait aussi. À cause de manque des mots pour discuter en ce moment. Dire « OK » dans ces circonstances c’est dire « OK, je reconnais que je ne suis pas capable d’expliquer mes sentiments, mes idées » ou « OK, fais-moi la paix », mais cela ne veut pas dire « OK, j’accepte ».

Shaun trouve une solution créative. Il se cache. Il opte pour éviter la rencontre. Je pourrais le faire également si je ne me sens pas capable de me défendre verbalement. C’est triste. C’est frustrant. Énormément. Il n’était pas respecté.

Sauf que malheureusement certains autistes ne vont pas éviter la situation. Certains vont respecter son engagement. Son « OK ». Malgré leur désaccord. Habitués à obéir. À se taire. À garder la souffrance. Ses besoins ignorés. Les conséquences peuvent être terribles. Les conséquences de ce type d’approche qui n’aide pas à l’estime de soi de la personne.

Avez-vous lu sur les agressions contre les femmes autistes qui ont « consenti » ?
Ça ressemble. Des fois la femme autiste agressée a « consenti » parce qu’elle a été manipulée. L’autre personne a insisté ou agit directement comme si le consentement était sous-entendu.

Imaginez. L’ami propose à la fille d’aller à un «party». Elle accepte malgré qu’il refuse de donner des détails, mais il est drôle, gentil et bon manipulateur. Le «party» se passe vite, trop vite pour qu’elle puisse réagir. Chez lui, dans sa chambre et une pénétration «consentie». La fille part à vomir après, avec la honte de ne pas avoir su s’exprimer ni se défendre. C’est une histoire vraie, peu importe qui est la fille.

Quand une personne veut t’imposer quelque chose «pour ton bien», malgré la contestation (non!), on est en train de te dire que tu n’es pas capable de décider pour toi-même et cela est une action offensive et dégradante.

Le mentor tente d’offrir une récompense. Une récompense ? Non, merci. C’est aussi offensif. Je ne veux pas un cadeau en échange pour faire ce que tu veux que je fasse contre mon gré. Non aux interventions qui veulent nous acheter, qui nos confondent, qui nous font sentir inférieurs. Même pas les Smarties ? Non !

Revenons à la fin de l’émission. L’agression subtile du mentor devient explicite. La personne qui veut aider veut carrément forcer « son aide ».

Que feriez-vous ? Vous défendre surement.
Que feriez-vous quand la parole ne suffît pas ? Vous défendre autrement.

Notre Shean avait raison de se défendre. Il avait été agressé. Sans vouloir. Au nom de l’amour. 
Mais agressé.
Il s’est défendu.

Et j’ai bien compris que le mentor est une bonne personne qui l’aime.

***

Pour le protéger, transmettez à votre proche autiste un sentiment de confiance en lui, validez ses décisions en restant à ses côtés. Présentez à la personne le contexte très détaillé et dites-lui : « C’est toi qui décides» C’est une suggestion.

Parce qu’en faisant confiance on renforce l’estime de soi et la capacité de s’affirmer. Et quand on s’affirme, on réduit les agressions d’autres types

Simplement parce qu’on apprend que notre Non veut dire Non. Que nous avons des droits. Et surtout que nous ne sommes pas « défectueux ».

Comment convaincre un autiste ? Donnez-lui des raisons véritables et claires. Selon son âge, ses intérêts et capacités. S’il comprend qu’il y a un sens, peut être que ça marchera.

PS. Je ne suis pas contre les thérapies. Je pense qu’elles peuvent nous aider quand nous ressentons le besoin. Elles ne doivent pas pourtant être imposées. Je parle des personnes autistes sans profil qui l’empêche de prendre des décisions. 

Pour regarder l’émission: The-Good-Doctor

 

Acceptation : Je m’accepte, tu t’acceptes, nous nous acceptons

Auteure, artiste photographe, militante pour la neurodiversité. Autiste Asperger, mère d'un enfant Asperger.

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