Mon soutien, sans faire briller en bleu

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Multiforme lumière, 2015
Cette photographie fait partie de l’exposition « La forme. Ma forme. À ma façon »

 

2 avril 2014. Habillée en bleu, du bleu jusqu’aux ongles. Je partageais mes créations graphiques, en bleu, sur les réseaux sociaux. Fière de moi, heureuse de me sentir active et membre d’une communauté, j’échangeais des commentaires.

Nous parlions de nos rêves pour un grand changement social, nous parlions d’acceptation. Puis, cette question a été posée: mais pourquoi la couleur bleu?

Je me suis mise à faire des recherches. J’ai trouvé une histoire. Du coup, la réalité en face, je n’étais plus fière de moi. J’ai enlevé mon chandail bleu et j’ai remis mes ongles en rouge. Mon rouge. Je me suis promis que l’année prochaine je ne soutiendrai pas cette campagne.

Quelle était l’histoire ?

J’ai découvert l’origine de la couleur bleu. La proposition vient d’un organisme qui n’est pas du Québec. Il est fort. Il a du pouvoir. Il a lancé cette campagne en 2008 suite à la déclaration de l’ONU qui reconnaît le 2 avril comme la journée de la sensibilisation à l’autisme parce qu’il s’agit d’«un problème de santé publique».

Ce n’est pas tout. Cet organisme fait appel aux dons en faisant croire qu’il y a un espoir de «guérison» et le pire, en passant un message terrifiant et tragique sur ce qu’est être autiste, ou avoir un proche autiste.

Ce n’est pas mon intention de parler de cet organisme, il y aurait encore plein de choses à dire.

Je voudrais juste déclarer que je n’allumerai pas en bleu et je ne suivrai pas cette campagne, parce que même si je le faisais pour soutenir mon réseau, dans la réalité, je serais en train de soutenir cette vision injuste sur les autistes. Une décision très personnelle qui s’accorde à mes convictions.

J’ai deux autres raisons:
– Le bleu est une couleur que je n’aime pas pour parler de moi (sauf dans sa version turquoise) parce que je l’associe à la tristesse.
– La décision de faire du bleu la couleur des autistes ne vient pas des personnes autistes. D’après mes recherches, on a décidé à notre place sous l’argument qu’il y a plus de garçons que des filles autistes (absurde?).

Lors de conversations avec mes amis autistes, le bleu n’est pas la couleur la plus populaire. Je me suis rendue compte qu’il y a plusieurs choix, tellement qu’on devrait faire de la palette de couleurs avec toutes les nuances notre couleur symbole. Mais a-t-on besoin d’une couleur ? Une question à réfléchir.

Le 2 avril, qui pour moi sera la journée d’acceptation de l’esprit autistique, je serai avec tous ceux et celles qui seront en bleu comme un geste de bon cœur, comme moi l’année passée. Avec les organismes et mouvements qui valorisent les autistes ici au Québec et ailleurs. Sans jugement. Je serai avec tous qui font des autres gestes positifs en n’importe quelle couleur.

Je serai surtout avec tous les autistes. Mon rêve d’acceptation sera le même et mes réflexions plus approfondies.

Sauf que je ne ferai pas briller en bleu.

PS. Physiquement, je serai avec joie à Gatineau, invité par TUOI, un organisme que je soutiens parce que, il faut le dire, il met en valeur le potentiel autistique, il respecte le fonctionnement de personnes autistes et il offre, dans cette vision, des services aux familles.

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