Mon écholalie et moi

écholalie, lucila, artiste, autiste, neurodiversitéOui, comme plusieurs autistes, j’ai une écholalie. Elle est différée et elle me fait du bien. Elle me fait sourire. Rire.  Si jamais vous m’entendez, c’est un signe que je suis très à l’aise avec vous. Que je me montre comme je suis.

Je ne parle pas d’elle normalement, elle fait partie de mon intérieur que je partage peu.

L’écholalie est l’action de répéter instantanément les paroles de son interlocuteur. Mon fils, autiste aussi, le faisait quand il était plus petit, l’écholalie immédiate en français, quand il parlait déjà bien l’espagnol.

L’écholalie différée est aussi la répétition mais elle n’es pas immédiate, on garde dans notre « entrepôt à phrases », placé dans notre cerveau, des phrases dont le son ou les mots nous font plaisir ou des fois simplement parce qu’elles décident d’y rester toutes seules. Ça peut être des phrases entendues dans des publicités, dans des conversations, etc.

Elles s’activent pas la suite par association sensorielle, soit visuel, soit auditive, soit tactile, soit olfactive et même gustative.

Pour donner un exemple  facile:  je suis dans la classe et ma prof. qui explique un tableau de bilan financier prononce: « c’est quoi que j’apporte ? ». Dans ce moment là j’ai une forte envie de dire fort: « je pars en voyage et j’apporte… » (la publicité) mais… je ne le dis pas fort, je le dis dans mes pensées et ça m’amuse et me fait sourire. C’est vraiment l’une de mes sources de plaisir. Je crois qu’il y a une relation avec mon amour pour les jeux de mots.

Jusqu’à là « tout va bien » (du côté vie en groupe),  je suis une adulte et j’ai appris avec le temps à savoir me contenir pour éviter des malentendus. Du côté personnel j’aimerais avoir la liberté de le faire ouvertement mais entre les confits  et la paix j’ai choisi cette dernière… c’est le prix.

Avant je le faisais bien, ça faisait rire les autres avec moi mais ça pouvait être pris comme un mauvais comportement et même comme une provocation si on était dans une salle de classe ou dans un travail d’équipe avec notre chef .

Il arrive que l’écholalie a l’air d’avoir du sens dans une conversation, des fois ça colle de façon drôle, des fois de façon déconcertante et des fois comme une réponse peu polie ce qui nous apporte des problèmes avec nous chers non autistes et bon, cela n’est pas la faute à eux non plus, ils ne le savent pas ce qui se passe dans notre tête.

Pour donner un exemple, Luka, mon fils qui est encore dans la belle étape de « liberté » a déjà eu des mauvaises critiques à cause de répéter des phrases de films. Je ne suis pas certaine que « mauvaise critique » est le bon terme. Il a a déjà été puni par des adultes qui se disaient «il se moque de moi, il répète ce que je dis ». C’est triste. C’est injuste être puni par nos caractéristiques personnels. Plus que ça, c’est inhumain.

Donc, me voici en train de tenter une explication de notre expérience pour aider à mieux comprendre. Pour éviter de blesser un autre autiste dans son estime de soi.

Ce n’est qu’un répétition. Automatique si vous voulez. Il y a aucune intention de réponse, ni de provocation ni de plaisanterie. En fait,  c’est juste un jeu qui fait plaisir et qui permet d’apprendre la communication. Si ça vous fait pas rire, ignorez-le, simplement.

Pour le mois d’avril 2018:

Aimer dans l’imbroglio, l’amour et les autistes

«Bon, si tu es autiste, la prochaine fois tu sortiras de ma classe»

 

 

 

 

 

 

Auteure, artiste photographe, militante pour la neurodiversité. Autiste Asperger, mère d'un enfant Asperger.

12 Comments

  1. J’ai beaucoup aimé votre texte! C’est fantastique d’avoir le vécu d’une personne qui est directement impliquée et pas simplement ce que les NT pensent du comportement de la personne TED. J’aimerais savoir quels sont les effets après avoir fait des écholalies et dans quel contexte vous les faites? Est-ce un moyen pour calmer l’anxiété, occuper vos moments moins encadrés ou lorsque vous êtes en surcharge sensorielle? Mon fils a un TED et il a 7 ans et il fait énormément d’écholalie que nous essayons de comprendre le besoin derrière. Il est en classe régulière et il peut effectivement être très dérangeant avec ses écholalies et ses bruits de bouche. Comment êtes vous parvenus à garder vos écholalies silencieuses?

    • Dans mon cas il y a aucun effet personnel. Ça fait du bien, c’est peut être comparé à chanter une chanson. Comme je disait le problème peut venir de la mal interprétation de la partie des gens qui ne connaissent pas l’autisme.
      Ça peut arriver dans n’importe quel contexte, par exemple le fait d’écouter un mot va activer automatiquement la phrase qui contient ce mot et je vais le dire, même chose une image, un odeur, etc.
      Nonobstant j’ai remarqué que je peux faire aussi quand je suis pressée.
      Mon fils de 7 ans le fait aussi comme moi. Il écoute un son qui ressemble et il dit vite la phrase.

  2. Merci beaucoup pour cette explication, effectivement vous nous aidez à mieux comprendre ce qu’est l’écholalie différée 🙂

  3. Votre exemple me fait penser, chaque fois que j’entends quelqu’un dire que c’est gras j’ai juste envie de répondre « Quand vous mangez une banane mangez-vous la pelure?! », une veille publicité pour le porc du Québec! Je n’ai aucun diagnostique, juste des doutes suite à celui d’asperger d’un de mes enfants. Ado j’avais accroché sur le film de Ding et Dong, les répliques sortaient souvent aussi! C’est vrai que les autres ne sont pas dans notre tête et que parfois ça peut avoir l’air impoli…

  4. C’est curieux: ce que vous décrivez comme de l’écholalie, je l’ai toujours interprété comme des tics vocaux chez mes enfants qui ont la Tourette! Je croyais que l’écholalie était beaucoup plus « carrée » (comment dire?), style, « mots-répétition immédiate » alors je n’ai jamais pensé que c’en était. Or, ce que vous décrivez est super conforme à ce qu’il y a dans leur « pattern »: c’est plus comme une association d’idées, ou un petit plaisir dans la bouche, ce qui me faisait penser que c’était p-être aussi comme une forme de compulsion de TOC de Tourette (qui semblent n’avoir pas toujours de pensée précise avant la compulsion) Tout ça est très intéressant! Le point de vue d’un adulte qui sait bien s’exprimer est précieux 🙂 Merci!

  5. Bonjour,

    Peut-être ai-je un problème avec mon ordinateur car je n’arrive pas a imprimer votre article seulement. Il serait intéressant de pouvoir l’imprimer sans devoir imprimer la page au complet.

    Merci de lire ma suggestion.

    • Bonjour Kelly,

      Je viens d’ajouter une option d’impression.
      Merci pour la suggestion.

  6. Superbe texte, très poétique…
    Merci

  7. Salut, c’est tellement agréable de comprendre un adulte expliquer des choses que notre enfant ne peut encore expliquer.min fils à 3ans et il fait beaucoup de bruit de bouche, des petits son tout le temps quand il joue ou quand il est concentré . Il fait des écholalies différées.
    Je me demande sans cesse quand es-ce qu’il pourra se contenir . Parce-que ça dérange beaucoup les autres , ET j’ai peur qu’il soit pas compris .

  8. Bonjour mon fils de 6 ans fait aussi des écholalies différées et J’étais inquiète à l’idée que ça pose problème en classe donc j’ai beaucoup travaillé le comportement mais en vain ! Il adore faire ça et c’est pas du tout une surcharge sensorielle. J’espère qu’il apprendra à se contenir comme vous une fois plus grand… en tout cas votre façon de raconter vos écholalies est magnifique ? Merci beaucoup

  9. L’écholalie était jusqu’ici un des symptômes de l’autisme que je ne reconnaissais pas chez ma fille, et qui m’a empêchée de nombreuses fois d’être sûre que l’autisme s’appliquait bien à ellle, mais en lisant votre texte ainsi que d’autres articles sur le sujet, je comprends mieux le fonctionnement et la diversité potentielle des écholalies, et je me rends compte que ma fille l’a toujours fait, sous diverses formes. Elle est bilingue anglais-français, et son premier mot était « Whatthatthere? » (« What’s that there? », question qu’on utilisait beaucoup avec elle à ce moment-là et qu’elle a pris pour un mot. Elle a toujours appris le langage de cette façon: d’abord une phrase répétée comme un seul mot, dont elle apprenait ensuite petit à petit les morceaux. Elle répète aussi beaucoup de mots et d’expressions entendus dans des livres que je lui lis. En ce moment, elle aime lancer à tour de bras « you slackers » sans avoiri idée de ce que cela veut dire, mais cela lui procure un plaisir évident et elle le réutilise dans toutes ses histoires ainsi que dans ses interactions avec nous au quotidien. Elle répète aussi beaucoup ses phrases quand elle joue sur un ton de narration, par exemple: « La petite fille décida d’aller voir son ami. Elle décida d’aller voir son ami. La petite fille décida d’aller voir son ami, et elle lui dit… » sur ce mode de répétition avec variations légères de la phrase et avec un ton différent pour chaque répétition, que j’ai toujours trouvé extrêmement poétique. J’aime beaucoup l’écouter jouer et raconter ses histoires, c’est comme un poème improvisé à mon sens, et il m’est souvent arrivé d’essayer d’en prendre note pour garder une trace de cette beauté et de cette créativité de langage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *